21 mai 2011
Ma compassion pour DSK
« Celui qui croit trouver le bonheur dans le plaisir peut être comparé à l’ivrogne : il se verse du vin ou de l’alcool et il boit. Ah, il se sent bien, il oublie tous ses soucis et il tire la conclusion qu’il est magnifique de boire. Oui, si l’on doit se prononcer sur quelques minutes, quelques heures, ça peut paraître magnifique. Mais après quelques années, que va-t-il se produire ? La perte des facultés, l’impossibilité de mener une vie familiale et sociale équilibrée, la déchéance, le crime peut-être…Et bien , dans de nombreuses circonstances, les gens se conduisent comme l’ivrogne : puisque les choses leur paraissent agréables dans l’instant, ils tirent la conclusion qu’ils le seront pour l’éternité. Malheureusement pour eux, ils sont obligés par la suite de constater les pertes, les dommages, et ils souffrent. (…)
Les sages nous préviennent de la réalité des choses, ils nous disent « Attention à ce que vous faites : le premier moment de satisfaction passé, vous paierez très cher votre manque de clairvoyance. » Eh oui, combien de choses sur le moment sont agréables, mais après… Pour quelques minutes agréables par-ci, par-là, on doit vivre des années de souffrance. C’est pourquoi il fait être vigilant et se méfier toujours un peu de ce qui est agréable.
(…) Le bonheur pour l’homme n’est pas de faire ce qui lui plait et comme ça lui plait, car je vous le répète le bonheur n’est pas le plaisir. Alors, attention, ne vous laissez pas influencer. Beaucoup trouvaient normal de respecter certaines règles de conduite, et puis ils se sont mis à les transgresser parce qu’ils ont entendu d’autres personnes prétendre que c’étaient des balivernes ridicules dont on devait se libérer. Et à la fin ils se sont si bien libérés qu’ils se sont cassé la tête. C’est ainsi que des gens qui se croient très intelligents, non seulement se précipitent eux-mêmes dans les catastrophes, mais encore y entraînent une quantité de naïfs qui les suivent.
(…) Les plus grandes désillusions attendent celui qui prend le plaisir pour guide et pour critère, car il ne voit pas les conséquences des choix qu’il est en train de faire. Il faut chercher un autre guide : la raison, car elle, elle voit les conséquences de chaque direction que vous êtes susceptible de prendre et elle vous avertit.
(…) Il faut savoir qu’au-dessus des lois de la morale humaine, il existe des lois éternelles établies par l’Intelligence Cosmique et qu’on le veuille ou non, si on transgresse ces lois, on le paie par la souffrance, le chagrin, et la maladie. »
Ces phrases extraites de l’ouvrage de Omraam Mikhaël Aïvanhov « Les semences du bonheur » sont criantes d’actualité.
Le visage défait de DSK, à la une des journaux de ces derniers jours, m’a touchée profondément. Son regard d’animal traqué m’en disait long.
La chute d’un homme déifié, tenant en son pouvoir les forces monétaires internationales, terrassé par une jeune femme de chambre, gagnant 6 euros de l’heure. Quelle ironie du destin !
N’est-ce pas une preuve qu’il existe des lois immuables et que peut-être ce sont elles, qui sous couvert de la justice américaine, ont dit STOP?
La Lumière a peut-être décidé de se faire enfin sur nos gouvernants actuels.
Le temps serait-il enfin venu de mettre à la tête de nos états des hommes dignes, droits, sincères, obéissant à des règles d’éthique?
Car on n’en veut vraiment plus de l’hypocrisie, de la fatuité, du pouvoir de l’argent, des procès et des mensonges.
On veut que les femmes du monde entier soient enfin considérées comme des âmes et non comme des objets de plaisir ou des esclaves.
On veut avoir des dirigeants qui soient des Hommes, des vrais, qui aient la maîtrise de leurs instincts, qui réfléchissent avant d’agir, qui soient des modèles de sagesse, de générosité, de sincérité, d'humilité, d'altruisme et de transparence.
Des hommes qui ne comptent pas sur leur fortune ou leur notoriété pour laver l’ignominie de leur comportement.
Des hommes qui parlent vrai, qui demandent pardon.
Oui ce visage m’a remplie de compassion. On ne peut pas se réjouir de la chute de DSK. On ne peut qu'en tirer des leçons.
Car la victime, au fond c’est lui. S'il est coupable (ce qui est probable) , il est surtout victime, victime de ses instincts, victime de son cerveau reptilien, victime de sa nature animale qui, en l’espace de quelques minutes, lui ont fait perdre toutes ses facultés humaines.
Qui lui ont fait perdre son âme. Et qui de transgression en transgression l'ont entraîné au fond du gouffre.
Oui sa détresse me touche.
J’ai de la compassion pour lui car il nous offre l’image criante de cette fragilité humaine que chacun, chacune de nous possède. Cette fragilité terrifiante qui fait que nous ne sommes hélas QUE des humains.
Cette inconsciente incrédulité d'un homme empêtré dans une logique d'impunité, avec pour seul bouclier de moralité, l'étalage de ses millions de dollars.
Oui, j'éprouve de la pitié pour DSK.
07 novembre 2010
Chanson d'automne de William Sheller (Epures-2004)
C'est une chanson pour l'automne
Pour les jours où y'a personne
Quand la ville est sous la pluie
C'est une chanson que j't'donne
Tu jettes ou tu la fredonnes
Elle me servira aussi
Si tu n'aimes pas trop la foule
Si parfois comme moi
La vie te saoule un peu
Si tu te sens roulé en boule
Ou si le mauvais sort te blackboule hors du jeu
N'oublie pas qu'on est deux
C'est une chanson qui consume
Les petits malheurs qu'on s'exhume
Qu'on est tout seul à savoir
Quand on partage à la brune
La solitude de la lune
Devant son grand écran noir
Si tu n'aimes pas trop la foule
Si parfois comme moi
La vie te saoule un peu
Si tu te sens roulé en boule
Ou si le mauvais sort te blackboule hors du jeu
N'oublie pas qu'on est deux
C'est une chanson que j't'donne
Comme un gilet qu'on boutonne
Pour se réchauffer la vie
J' t'ai tout dit.
31 octobre 2010
Vénus noire, d'Abdellatif Kechiche
Après « L’esquive » (2002), puis « La graine et le mulet » (2007) Abdellatif Kechiche réalise un biopic de la Vénus Hottentote, l’histoire vraie de Saartjie Baartman, une jeune femme originaire d’une tribu d’Afrique du Sud et qui au 19ème siècle avait été asservie contre son gré et exhibée tel un animal de foire en Europe en raison de sa stéatopygie (une hypertrophie morphologique des fesses et des hanches, et des organes sexuels protubérants).
« Je n'ai jamais vu de tête humaine plus semblable à celle des singes ».
Face au moulage du corps de, l'anatomiste Georges Cuvier est catégorique. Un parterre de distingués collègues applaudit la démonstration. Sept ans plus tôt, Saartjie, quittait l'Afrique du Sud avec son maitre, Caezar, et livrait son corps en pâture au public londonien des foires aux monstres. Elle devient l'icône des bas-fonds, montrée comme un animal de foire, manipulée par ses maîtres et promise au mirage d'une ascension dorée...On assiste ainsi à son avilissement : de la femme sauvage montrée comme un spécimen des tribus lointaines, devenue objet sexuel livrée en pâture dans les salons libertins, à la prostituée soumise d’une sordide maison close. Saartjie mourra à 25 ans, de pneumonie et sûrement de détresse.
Un film fort et éprouvant qui fait du spectateur un voyeur complice. Un voyeur qui n’arrive pas à verser une larme, tellement retenu et bridé par la dignité, la révolte silencieuse de Saartje qui ne laisse que rarement poindre sa souffrance. Qui se soumet mais n’abdique pas.
Un film qui va au-delà des différences ethniques et de la curiosité malsaine envers la différence, pour poser la question sur les frontières de l’art, les limites de ce que l’on peut donner en spectacle : l’acteur ne s’identifie pas à son rôle mais jusqu’à quel point protège-t-il sa dignité humaine ? son intimité ? son identité ? Jusqu’où peut-il aller sans se perdre sans se laisser perdre par les autres ?
Jusqu’où la manipulation perverse, ses promesses et ses mirages peut-elle mener ? Comment concilier nos rôles et les déguisements de Bêtes de foire que nous endossons au quotidien (oui oui pour plaire à nos conjoints, à nos patrons…), avec notre sensibilité profonde, nos pudeurs et nos fiertés?
Ce film pose sans doute la vraie question de la dignité humaine : où elle commence, où elle s’arrête, jusqu’où les détours sinistres de la science peuvent-ils aller sans l’entamer sérieusement.
Et ce film va déranger sans doute les femmes, comme il m'a dérangée moi: et tant pis si cela peut paraître un discours féministe que de dire que souvent, trop souvent, presque toujours dans le monde, c'est la femme qui s'incline devant la volonté de l'homme. Au péril de sa santé (90% des personnes maltraitées dans le monde sont des femmes) , de sa diginité (80% des pauvres dans le monde sont des femmes).
Et oui, cela me dérange.
Pour information: L’étrange épopée de Vénus Noire ne s'est pas arrêté avec la mort : alors que le monde scientifique français rechignait à la voir vivante, Cuvier, le plus célèbre anatomiste de son temps la réclame et l'obtient. Il dissèque le corps, après en avoir réalisé un moulage, en conserve le squelette ainsi que les fesses et les organes génitaux conservés dans un bocal de formol... Ces restes furent exhibés au Museum d'Histoire Naturelle de Paris jusqu’en 1974. Ensuite, l'ensemble des restes furent exposés au Trocadéro pendant l'exposition universelle de 1889 pour la célébration du centenaire de la Révolution française. Le moulage et les parties conservées dans le formol seront d'abord exposés dans la section préhistoire et enfin remisés dans la réserve, suite à des plaintes du personnel et des visiteurs. Lors du tournage d'un documentaire, en 1998, par le réalisateur sud-africain Zola Meseko, tous les restes sont retrouvés et intégrés dans le film "On l'appelait la Vénus Hottentote" ! Mais, entretemps, des évènements politiques changent la face de l'Afrique du Sud : Nelson Mandela est libéré en 1994. Il faudra encore huit ans de batailles juridiques et diplomatiques pour que, le 29 avril 2002, le gouvernement français restitue la dépouille de Saartje Baartman à l'ambassade d'Afrique du Sud.
28 octobre 2010
Mère
De tous les soleils de ses bonheurs passés
il ne reste plus rien aujourd’hui
que des taches sur sa peau.
Elle ne voit plus la vie
qui tourne autour d’elle
elle n’entend plus les rires
ils se heurtent à ses oreilles.
De tous les sourires de ses bonheurs passés
il ne reste plus rien aujourd’hui
que des rides sur ses lèvres
elle dit que c’est fini
qu’elle en a assez dit
et préfère l’encre noire
de mots encore en deuil.
Au-dedans d’elle
il y a trop à faire trop à voir
trop de regrets trop de rancoeurs
un trou noir de vide a éteint ses lumières.
Elle ne m’aperçoit plus
et bientôt je le sais c’est elle-même
qui ne se verra plus.
Car il ne reste plus rien aujourd’hui
des baisers de jadis
des soleils des sourires
elle n’en veut plus de la vie
qui tourne autour d’elle
elle n’entend plus les rires
ils se heurtent à ses oreilles.
Elle ne voit plus même
que je l'aime.
23 septembre 2010
Plaidoyer pour le bonheur, de Matthieu Ricard
Voilà un livre essentiel, indispensable, qui devrait être prescrit par tous les médecins du monde en place et lieu des petites pilules, sensées nous fournir les couleurs du bonheur mais qui au final ne font que griser un peu plus le moral de nos âmes déjà tant secouées par le stress, la crise, les souffrances et les illusions de la vie et j’en passe. Ce livre est devenu mon livre de chevet depuis des mois et j’y trouve toujours une phrase qui me nourrit, me console et me permets de prendre du recul sur mes états d’âme.
Nous aspirons tous au bonheur, mais comment le trouver, le retenir et même le définir ? Ayant abandonné une brillante carrière scientifique pour devenir l’ambassadeur le plus populaire et le plus reconnu du bouddhisme dans le monde, Matthieu Ricard nous apporte dans ce livre une réponse apaisante, optimiste et accessible à tous, une réponse profonde mais aussi difficile. Cesser de chercher à tout prix le bonheur à l’extérieur de nous, apprendre à regarder en nous-même et un peu moins nous-même, cultiver une vision plus altruiste du monde…
En voici quelques extraits à méditer…
« Maladroitement, nous cherchons le bonheur en dehors de nous-même alors qu’il est essentiellement un état intérieur. S’il trouvait sa source au-dehors, il serait à jamais hors d’atteinte. Nos désirs sont sans limite et notre contrôle du monde, restreint, temporaire et le plus souvent illusoire…L’erreur la plus courante consiste à confondre plaisir et bonheur. Le plaisir n’est que l’ombre du bonheur : sa nature est instable et la sensation qu’il inspire peut vite devenir neutre ou désagréable. De même sa répétition conduit souvent à son affadissement, voire au dégout. Le plaisir s’épuise à mesure qu’on en jouit comme une chandelle qui se consume, il est presque toujours lié à une action et entraîne naturellement la lassitude par le simple fait de sa répétition…Et pourtant nous préférons le plus souvent le plaisir et ses séquelles de satiété à la gratification d’un bien–être durable.
Cette distinction entre plaisir et bonheur n’implique pas qu’il faille s’abstenir de rechercher des sensations agréables : la vue d’un magnifique paysage, un goût délicieux, le parfum d’une fleur, la douceur d’une caresse ou d’un son mélodieux, pourvu qu’ils ne nous aliènent pas… Si le plaisir entrave la liberté intérieure, il fait obstacle au bonheur, vécu avec une parfaite liberté intérieure, il l’orne sans l’obscurcir… ».
« La liberté anarchique qui a pour seul but l’accomplissement immédiat des désirs apportera t-elle le bonheur ? Si nous lâchons dans notre esprit la meute du désir, de la jalousie, de l’orgueil, ou du ressentiment, elle aura tôt fait de s’approprier les lieux et de nous imposer un univers carcéral en expansion continue… »
« La liberté intérieure, c’est d’abord l’affranchissement de la dictature du « moi » et du « mien », de « l’être »asservi et de « l’avoir » envahissant, de cet égo qui entre en conflit avec ce qui lui déplait et tente désespérément de s’approprier ce qu’il convoite. »
Prendre de la distance vis-à-vis de l’agitation du monde pour regarder en soi l’essentiel, se contenter de l’indispensable et le distinguer du superflu, s’émanciper de la contrainte des émotions négatives (envie, colère, jalousie), s’entraîner à cultiver la compassion, la tolérance, la patience, la sérénité, utiliser toutes les circonstances de la vie, favorables ou adverses comme catalyseur de transformation personnelle devrait nous conduire sur le chemin du bonheur : un état intérieur durable et non pas ces miettes de joie éphémères et si peu nourrissantes.
Certes, se familiariser avec cette nouvelle manière d’être et surtout de penser demande de l’entraînement, de la volonté, du savoir-faire, c’est ce que nous propose Matthieu Ricard dans cet ouvrage, c’est ce que les plus grands sages tibétains ont expérimenté depuis des siècles, c’est ce qu’ils lui ont transmis et qu’il met à notre portée : devenir Soi, se sentir libre en Soi, libre des autres.
Oui, ça doit être ça le Bonheur.






