Grains de sel, grains de beauté

07 novembre 2010

Chanson d'automne de William Sheller (Epures-2004)

automne

C'est une chanson pour l'automne
Pour les jours où y'a personne
Quand la ville est sous la pluie

C'est une chanson que j't'donne
Tu jettes ou tu la fredonnes
Elle me servira aussi

Si tu n'aimes pas trop la foule
Si parfois comme moi
La vie te saoule un peu
Si tu te sens roulé en boule
Ou si le mauvais sort te blackboule hors du jeu
N'oublie pas qu'on est deux

C'est une chanson qui consume
Les petits malheurs qu'on s'exhume
Qu'on est tout seul à savoir
Quand on partage à la brune
La solitude de la lune
Devant son grand écran noir

Si tu n'aimes pas trop la foule
Si parfois comme moi
La vie te saoule un peu
Si tu te sens roulé en boule
Ou si le mauvais sort te blackboule hors du jeu
N'oublie pas qu'on est deux

C'est une chanson que j't'donne
Comme un gilet qu'on boutonne
Pour se réchauffer la vie
J' t'ai tout dit.

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31 octobre 2010

Vénus noire, d'Abdellatif Kechiche

affiche

Après « L’esquive » (2002), puis « La graine et le mulet » (2007) Abdellatif Kechiche réalise un biopic de la Vénus Hottentote, l’histoire vraie de Saartjie Baartman, une jeune femme originaire d’une tribu d’Afrique du Sud et qui au 19ème siècle avait été asservie contre son gré et exhibée tel un animal de foire en Europe en raison de sa  stéatopygie (une hypertrophie morphologique des fesses et des hanches, et des organes sexuels protubérants).

« Je n'ai jamais vu de tête humaine plus semblable à celle des singes ».

Face au moulage du corps de, l'anatomiste Georges Cuvier est catégorique. Un parterre de distingués collègues applaudit la démonstration. Sept ans plus tôt, Saartjie, quittait l'Afrique du Sud avec son maitre, Caezar, et livrait son corps en pâture au public londonien des foires aux monstres. Elle devient l'icône des bas-fonds, montrée comme un animal de foire, manipulée par ses maîtres et promise au mirage d'une ascension dorée...On assiste ainsi à son avilissement : de la femme sauvage montrée comme un spécimen des tribus lointaines, devenue objet sexuel livrée en pâture dans les salons libertins, à la prostituée soumise d’une sordide maison close.  Saartjie mourra à 25 ans, de pneumonie et sûrement de détresse.

Un film fort et éprouvant qui fait du spectateur un voyeur complice. Un voyeur qui n’arrive pas à verser une larme, tellement retenu et bridé par la dignité, la révolte silencieuse de Saartje qui ne laisse que rarement poindre sa souffrance. Qui se soumet mais n’abdique pas.

Un film qui va au-delà des différences ethniques et de la curiosité malsaine envers la différence, pour poser la question sur les frontières de l’art, les limites de ce que l’on peut donner en spectacle : l’acteur ne s’identifie pas à son rôle mais jusqu’à quel point protège-t-il sa dignité humaine ? son intimité ? son identité ? Jusqu’où peut-il aller sans se perdre sans se laisser perdre par les autres ?

Jusqu’où la manipulation perverse, ses promesses et ses mirages peut-elle mener ? Comment concilier nos rôles et les déguisements de Bêtes de foire que nous endossons au quotidien (oui oui pour plaire à nos conjoints, à nos patrons…), avec notre sensibilité profonde, nos pudeurs et nos fiertés?

Ce film pose sans doute la vraie question de la dignité humaine : où elle commence, où elle s’arrête, jusqu’où les détours sinistres de la science peuvent-ils aller sans l’entamer sérieusement.

Et ce film va déranger sans doute les femmes, comme il m'a dérangée moi: et tant pis si cela peut paraître un discours féministe que de dire que souvent, trop souvent, presque toujours dans le monde, c'est la femme qui s'incline devant la volonté de l'homme. Au péril de sa santé (90% des personnes maltraitées dans le monde sont des femmes) , de sa diginité (80% des pauvres dans le monde sont des femmes).

Et oui, cela me dérange.

Pour information: L’étrange épopée de Vénus Noire ne s'est pas arrêté avec la mort : alors que le monde scientifique français rechignait à la voir vivante, Cuvier, le plus célèbre anatomiste de son temps la réclame et l'obtient. Il dissèque le corps, après en avoir réalisé un moulage, en conserve le squelette ainsi que les fesses et les organes génitaux conservés dans un bocal de formol... Ces restes furent exhibés au Museum d'Histoire Naturelle de Paris jusqu’en 1974. Ensuite, l'ensemble des restes furent exposés au Trocadéro pendant l'exposition universelle de 1889 pour la célébration du centenaire de la Révolution française. Le moulage et les parties conservées dans le formol seront d'abord exposés dans la section préhistoire et enfin remisés dans la réserve, suite à des plaintes du personnel et des visiteurs. Lors du tournage d'un documentaire, en 1998, par le réalisateur sud-africain Zola Meseko, tous les restes sont retrouvés et intégrés dans le film "On l'appelait la Vénus Hottentote" ! Mais, entretemps, des évènements politiques changent la face de l'Afrique du Sud : Nelson Mandela est libéré en 1994. Il faudra encore huit ans de batailles juridiques et diplomatiques pour que, le 29 avril 2002, le gouvernement français restitue la dépouille de Saartje Baartman à l'ambassade d'Afrique du Sud.

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28 octobre 2010

Mère

Odilon_Redon

De tous les soleils de ses bonheurs passés

il ne reste plus rien aujourd’hui

que des taches sur sa peau.

Elle ne voit plus la vie

qui tourne autour d’elle

elle n’entend plus les rires

ils se heurtent à ses oreilles.

De tous les sourires de ses bonheurs passés

il ne reste plus rien aujourd’hui

que des rides sur ses lèvres

elle dit que c’est fini

qu’elle en a assez dit

et préfère l’encre noire

de mots encore en deuil.

Au-dedans d’elle

il y a trop à faire trop à voir

trop de regrets trop de rancoeurs

un trou noir de vide a éteint ses lumières.

Elle ne m’aperçoit plus

et bientôt je le sais c’est elle-même

qui ne se verra plus.

Car il ne reste plus rien aujourd’hui

des baisers de jadis

des soleils des sourires

elle n’en veut plus de la vie

qui tourne autour d’elle

elle n’entend plus les rires

ils se heurtent à ses oreilles.

Elle ne voit plus même

que je l'aime.

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23 septembre 2010

Plaidoyer pour le bonheur, de Matthieu Ricard

9782841112449

Voilà un livre essentiel, indispensable, qui devrait être prescrit par tous les médecins du monde en place et lieu des petites pilules, sensées nous fournir les couleurs du bonheur mais qui au final ne font que griser un peu plus le moral de nos âmes déjà tant secouées par le stress, la crise, les souffrances et les illusions de la vie et j’en passe. Ce livre est devenu mon livre de chevet depuis des mois et j’y trouve toujours une phrase qui me nourrit, me console et me permets de prendre du recul sur mes états d’âme.

Nous aspirons tous au bonheur, mais comment le trouver, le retenir et même le définir ? Ayant abandonné une brillante carrière scientifique pour devenir l’ambassadeur le plus populaire et le plus reconnu du bouddhisme dans le monde, Matthieu Ricard nous apporte dans ce livre une réponse apaisante, optimiste et accessible à tous, une réponse profonde mais aussi difficile. Cesser de chercher à tout prix le bonheur à l’extérieur de nous, apprendre à regarder en nous-même et un peu moins nous-même, cultiver une vision plus altruiste du monde…

En voici quelques extraits à méditer…

« Maladroitement, nous cherchons le bonheur en dehors de nous-même alors qu’il est essentiellement un état intérieur. S’il trouvait sa source au-dehors, il serait à jamais hors d’atteinte. Nos désirs sont sans limite et notre contrôle du monde, restreint, temporaire et le plus souvent illusoire…L’erreur la plus courante consiste à confondre plaisir et bonheur. Le plaisir n’est que l’ombre du bonheur : sa nature est instable et la sensation qu’il inspire peut vite devenir neutre ou désagréable. De même sa répétition conduit souvent à son affadissement, voire au dégout. Le plaisir s’épuise à mesure qu’on en jouit comme une chandelle qui se consume, il est presque toujours lié à une action et entraîne naturellement la lassitude par le simple fait de sa répétition…Et pourtant nous préférons le plus souvent le plaisir et ses séquelles de satiété à la gratification d’un bien–être durable.

Cette distinction entre plaisir et  bonheur n’implique pas qu’il faille s’abstenir de rechercher des sensations agréables : la vue d’un magnifique paysage, un goût délicieux, le parfum d’une fleur, la douceur d’une caresse ou d’un son mélodieux, pourvu qu’ils ne nous aliènent pas… Si le plaisir entrave la liberté intérieure, il fait obstacle au bonheur, vécu avec une parfaite liberté intérieure, il l’orne sans l’obscurcir… ».

« La liberté anarchique qui a pour seul but l’accomplissement immédiat des désirs apportera t-elle le bonheur ? Si nous lâchons dans notre esprit la meute du désir, de la jalousie, de l’orgueil, ou du ressentiment, elle aura tôt fait de s’approprier les lieux et de nous imposer un univers carcéral en expansion continue… »

«  La liberté intérieure, c’est d’abord l’affranchissement de la dictature du « moi » et du « mien », de « l’être »asservi et de « l’avoir » envahissant, de cet égo qui entre en conflit avec ce qui lui déplait et tente désespérément de s’approprier ce qu’il convoite. »

Prendre de la distance vis-à-vis de l’agitation du monde pour regarder en soi l’essentiel, se contenter de l’indispensable et le distinguer du superflu, s’émanciper de la contrainte des émotions négatives (envie, colère, jalousie), s’entraîner à cultiver la compassion, la tolérance, la patience, la sérénité, utiliser toutes les circonstances de la vie, favorables ou adverses comme catalyseur de transformation personnelle devrait nous conduire sur le chemin du bonheur : un état intérieur durable et non  pas ces miettes de joie éphémères et si peu nourrissantes.

Certes, se familiariser avec cette nouvelle manière d’être et surtout de penser demande de l’entraînement, de la volonté, du savoir-faire, c’est ce que nous propose Matthieu Ricard dans cet ouvrage, c’est ce que les plus grands sages tibétains ont expérimenté depuis des siècles, c’est ce qu’ils lui ont transmis et qu’il met à notre portée : devenir Soi, se sentir libre en Soi, libre des autres.

Oui, ça doit être ça le Bonheur.

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01 septembre 2010

Enfin seule...

dscn0320

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