9782841112449

Voilà un livre essentiel, indispensable, qui devrait être prescrit par tous les médecins du monde en place et lieu des petites pilules, sensées nous fournir les couleurs du bonheur mais qui au final ne font que griser un peu plus le moral de nos âmes déjà tant secouées par le stress, la crise, les souffrances et les illusions de la vie et j’en passe. Ce livre est devenu mon livre de chevet depuis des mois et j’y trouve toujours une phrase qui me nourrit, me console et me permets de prendre du recul sur mes états d’âme.

Nous aspirons tous au bonheur, mais comment le trouver, le retenir et même le définir ? Ayant abandonné une brillante carrière scientifique pour devenir l’ambassadeur le plus populaire et le plus reconnu du bouddhisme dans le monde, Matthieu Ricard nous apporte dans ce livre une réponse apaisante, optimiste et accessible à tous, une réponse profonde mais aussi difficile. Cesser de chercher à tout prix le bonheur à l’extérieur de nous, apprendre à regarder en nous-même et un peu moins nous-même, cultiver une vision plus altruiste du monde…

En voici quelques extraits à méditer…

« Maladroitement, nous cherchons le bonheur en dehors de nous-même alors qu’il est essentiellement un état intérieur. S’il trouvait sa source au-dehors, il serait à jamais hors d’atteinte. Nos désirs sont sans limite et notre contrôle du monde, restreint, temporaire et le plus souvent illusoire…L’erreur la plus courante consiste à confondre plaisir et bonheur. Le plaisir n’est que l’ombre du bonheur : sa nature est instable et la sensation qu’il inspire peut vite devenir neutre ou désagréable. De même sa répétition conduit souvent à son affadissement, voire au dégout. Le plaisir s’épuise à mesure qu’on en jouit comme une chandelle qui se consume, il est presque toujours lié à une action et entraîne naturellement la lassitude par le simple fait de sa répétition…Et pourtant nous préférons le plus souvent le plaisir et ses séquelles de satiété à la gratification d’un bien–être durable.

Cette distinction entre plaisir et  bonheur n’implique pas qu’il faille s’abstenir de rechercher des sensations agréables : la vue d’un magnifique paysage, un goût délicieux, le parfum d’une fleur, la douceur d’une caresse ou d’un son mélodieux, pourvu qu’ils ne nous aliènent pas… Si le plaisir entrave la liberté intérieure, il fait obstacle au bonheur, vécu avec une parfaite liberté intérieure, il l’orne sans l’obscurcir… ».

« La liberté anarchique qui a pour seul but l’accomplissement immédiat des désirs apportera t-elle le bonheur ? Si nous lâchons dans notre esprit la meute du désir, de la jalousie, de l’orgueil, ou du ressentiment, elle aura tôt fait de s’approprier les lieux et de nous imposer un univers carcéral en expansion continue… »

«  La liberté intérieure, c’est d’abord l’affranchissement de la dictature du « moi » et du « mien », de « l’être »asservi et de « l’avoir » envahissant, de cet égo qui entre en conflit avec ce qui lui déplait et tente désespérément de s’approprier ce qu’il convoite. »

Prendre de la distance vis-à-vis de l’agitation du monde pour regarder en soi l’essentiel, se contenter de l’indispensable et le distinguer du superflu, s’émanciper de la contrainte des émotions négatives (envie, colère, jalousie), s’entraîner à cultiver la compassion, la tolérance, la patience, la sérénité, utiliser toutes les circonstances de la vie, favorables ou adverses comme catalyseur de transformation personnelle devrait nous conduire sur le chemin du bonheur : un état intérieur durable et non  pas ces miettes de joie éphémères et si peu nourrissantes.

Certes, se familiariser avec cette nouvelle manière d’être et surtout de penser demande de l’entraînement, de la volonté, du savoir-faire, c’est ce que nous propose Matthieu Ricard dans cet ouvrage, c’est ce que les plus grands sages tibétains ont expérimenté depuis des siècles, c’est ce qu’ils lui ont transmis et qu’il met à notre portée : devenir Soi, se sentir libre en Soi, libre des autres.

Oui, ça doit être ça le Bonheur.